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“Hello my friend! How can I help you?”

Assis sur le rebord de sa fenêtre, au deuxième étage d’un immeuble gris béton, Todor m’interpelle. Ouf ! Comme un envoyé du ciel, il interrompt un long moment de solitude et une discussion de sourd avec une enfant au sujet des paprikas qu’elle fait pendre dans sa cour.

A 28 ans, Todor vit toujours au domicile de ses parents mais n’a visiblement pas besoin de leur consentement pour inviter un inconnu chez lui, c’est-à-dire chez eux, à boire un café et sans doute un peu plus. L’appartement est grand quoiqu’assez sombre et on me fait entrer dans le salon où les parents m’accueillent avec la chaleur typique des Balkans. Les présentations terminées, Maman file immédiatement vers sa cuisine et en ressort quelques minutes plus tard avec un plateau chargé de fruits, des cafés glacés et deux litres de bière.

L’anglais de Todor n’est pas parfait mais il surpasse largement la moyenne du pays. J’en profite donc pour engager de temps à autre, entre deux futilités, quelques conversations sérieuses et évoquer des sujets plus sensibles, avec toujours le souci de ne pas heurter mon interlocuteur et hôte. Mais je me rends bien vite compte que le langage du politiquement correct est autant inutile que déroutant pour Todor, qui est au contraire particulièrement ravi de partager son avis et sa vision du monde, agrémentés de longues bouffées de cigarette, et c’est un portrait de la Macédoine plein d’expériences personnelles qu’il me dresse.

"Here in Macedonia, everything is shitty". Ainsi conclut-il avant même de commencer, puis il ajoute avec un patriotisme inattendu "but I love it".

Le niveau de vie très modeste est évidemment la principale cause du constat cinglant de Todor, et tout l’amour qu’il porte à son pays ne peut compenser cette réalité malheureuse. Le fait est que la Macédoine est un pays pauvre si on la compare au reste du continent. Le salaire minimum y dépasse difficilement les 150 euros par mois et l’ascension sociale demeure pour bon nombre de Macédoniens une légende politicienne. Certes son père, en tant qu’ancien policier, jouit d’une retraite relativement confortable avec sa rente mensuelle de 600 euros mais Todor, comme une majorité d’autres, est loin de ce « pactole ». Son maigre salaire d’ouvrier à la fabrique du coin laisse très peu de place aux projets, et à une vie meilleure.

J’écoute avec beaucoup d’admiration le positivisme de ce jeune homme pour qui même les choses les plus simples constituent une source intarissable de joie et de satisfaction. Peu importe la condition dans laquelle il vit, il n’est pas pour autant malheureux. Son travail lui permet de s’offrir quelques moments de plaisir à coup de cigarettes, de bières, et de soirées aux night clubs. Tant qu'il reste en Macédoine, son salaire lui permet de faire tout ça. Il ne ressent de toute façon aucune passion pour le voyage, ni même l'envie passagère d'aller franchir la frontière pour jeter un coup d’œil chez les pays voisins. Enfin la Serbie seulement, car les Albanais et les Bulgares ne sont pas vraiment en odeur de sainteté chez Todor - sans parler de la Grèce, ennemi héréditaire suprême pour qui tout Macédonien voue une haine profondément ancrée dans l'histoire et la culture. A entendre Todor, les causes de cette animosité sont légions et toujours à mettre sur le compte des Grecs. Le « vol » d’Alexandre le Grand n’est qu’un exemple emblématique, tout comme celui de Cyril et Méthode, autres héros nationaux originaires de Thessalonique à une époque où la Macédoine s’étendait jusqu’à la mer Egée. Aujourd’hui, c’est une région hellénique que les Grecs appellent cyniquement Macédoine, et que la communauté internationale s’efforce de préciser comme étant la Macédoine grecque.

Todor sait qu’il ne peut vivre indéfiniment de pints de bières, de cigarettes et de soirées au bar. Mais il sait aussi que sa situation actuelle ne lui permet pas de rentrer dans le rang, mener une vie plus sérieuse et fonder une famille. Et pourtant ce n’est pas l’envie qui lui manque, lui qui projette de demander sa copine en mariage d'ici un an. Pour l’instant il vit encore chez ses parents, n’a pas de loyer à payer ni d'enfants à nourrir, mais les choses s’avéreraient bien plus compliquées une fois la bague au doigt. Réaliste, il sait qu’il ne peut compter sur un secours providentiel ni même sur une augmentation de son salaire, qu’il attend désespérément depuis ses débuts à l’usine en 2008.

Alors le raki offre un bon moyen d'arrondir ses fins d'été. Il en produit, grâce à une petite parcelle de vigne qu'il possède non loin de Negotino et à son garage transformé en distillerie légèrement illégale. Selon la loi macédonienne, la production personnelle d’alcool est autorisée dans la limite de quatre litres par membre de la famille. Todor, avec son petit hectare et ses petits moyens, peut produire jusqu’à 1500 litres de raki en une récolte. Théoriquement, cela nécessiterait le soutien d’une sacrée grande famille… En pratique, la question ne se pose pas car qui ici viendrait contrôler ?

Outre la fabrication artisanale de raki, Todor s’adonne à un autre sport national : le pari sportif. C’est là une activité qui peut rapporter gros, à condition d’avoir un peu de connaissance en football et beaucoup de chance. Ce n’est pas lui faire injure que de déclarer que le championnat national de Macédoine n’est pas le plus développé au monde, alors ici on préfère parier sur toutes les autres ligues d’Europe, de première, deuxième ou troisième division… Sans doute aussi une façon d’accroître les possibilités de toucher le jackpot. L’activité est autant lucrative qu’involontairement éducative, chacun découvrant régulièrement l’existence de nouvelles équipes et donc de nouvelles villes. C’est d’ailleurs la première fois dans ma jeune carrière de voyageur que je rencontre autant de locaux affirmant connaître Amiens, ma ville natale. Du moins juste de nom puisqu’il leur est quand même beaucoup plus facile de la situer dans le classement du championnat que sur une carte …

L’obscurité du soir interrompt les récits de Todor, qui désormais ne pense plus qu’à une chose : me trouver une chambre où je peux passer la nuit. Il se désole de ne pouvoir m’offrir l’hospitalité chez lui et insiste fortement, comme s’il avait quoique ce soit à se faire pardonner, pour m’emmener au monastère sur la colline. Il connait bien l’endroit depuis qu’un ami à lui, un français, y a séjourné pendant le mariage de son frère au début de l’été. C’est très calme, m’assure-t-il -ce dont je ne doute pas dès lors qu’il s’agit de dormir au milieu des moines orthodoxes- et on y loue des petites chambres pour une poignée de dinars. Ensuite nous pourrions retourner en ville et diner ensemble. J’accepte volontiers, tout heureux de prolonger le plaisir en compagnie de ce jeune homme.

La voiture de Todor est une vieille Yugo comme il en existe encore beaucoup dans les Balkans, héritages jusque dans le nom de la grande époque de la Yougoslavie. Il se moque d’elle avec une ironie aigüe, riant de ses moindres défauts, à commencer par le rétroviseur qui est si mal placé sur la portière qu’il ne permet de rien voir, à moins de se tordre le cou d’au moins cinquante centimètres en arrière. « I told you, everything is shit here ». Mais il aime ça. Il allume sa dernière cigarette et, avec beaucoup de prévoyance ou d’addiction, fait un détour en chemin pour racheter deux paquets à la boutique du coin, histoire de ne pas en manquer jusqu’à demain matin.

Arrivés au monastère, on me donne le choix entre les deux dernières chambres libres. La première est une grande pièce en désordre qui tient vraisemblablement plus de l’entrepôt à bibelots et icones sacrés qu’à un véritable dortoir. L’autre au contraire est aussi vide et aseptisée qu’une chambre d’hôpital avec ses murs blancs, ses draps blancs et son mobilier qui respire l’ennui. Ce sera donc la première, et rapidement je ne regrette pas mon choix car il y a dans ce bordel baroque un charme qui ne me laisse pas indifférent. J’y dépose mon sac, remercie le « réceptionniste » et on repart pour le centre-ville. Todor m’emmène dans un petit restaurant dont les serveurs et le patron sont des amis, surtout les serveurs. On y fait de très bonnes pitas, un plat typique de Macédoine se présentant sous la forme d’une pâte à pizza allongée sur laquelle sont cuits des œufs et de la viande. C’est simple et délicieux, à l’image du pays.

Des amis de Todor sont assis sur une banquette près de l’entrée. Alors que nous les rejoignons pour les saluer, l’un d’eux nous explique en riant que le gros au centre qui tire une tête d’enterrement vient de perdre au pari. Preuve à l’appui, il me montre le long ticket malchanceux. Pour deux matchs mal estimés, cet homme vient de passer à côté de 650 000 dinars, soit plus de 100 000 euros. La bière doit avoir un goût amer. J’imagine que sa déception est à la hauteur de son faux-espoir, et qu’il ne peut s’empêcher de ressasser la liste des projets avortés, toutes ces choses qu’il ne pourra pas faire. Peut-être même se voyait-il déjà à la tête d’une petite entreprise, ou partir s’installer en Allemagne, en Autriche et vivre son « rêve européen ».

L’Union européenne représente un eldorado pour beaucoup de jeunes Macédoniens. Ceux qui, comme le frère de Todor parti en Bulgarie, n’hésitent pas à renoncer à la liberté de la Macédoine. Todor entend la liberté comme une absence de règle et il abomine Bruxelles qui réglemente tout. Si la Macédoine venait un jour à adhérer au club des 28 (et donc 29), il sait qu’il lui serait impossible de produire son propre raki. Il a déjà calculé, selon une méthode qui relève sûrement plus de l’art divinatoire que des mathématiques, qu’il lui faudrait payer un euro de taxe par litre de jus produit. Le prix serait déraisonnable et la bouteille invendable ! Surtout que les salaires, eux, ne connaitraient pas la même inflation chanceuse.

Si la vérité semble donc bel et bien dans le vin, le vrai problème est ailleurs. Todor a conscience des avantages qu’il pourrait tirer s’il tentait l’aventure en Europe. Il l’a déjà fait quelques années plus tôt en travaillant illégalement en Italie où il parvenait aisément à se faire 1500 euros par mois. Cependant la précarité arborait un autre visage, la misère ayant laissé place à l’anonymat et le secret. Il pourrait aussi suivre son frère et se lancer en Bulgarie. La nationalité bulgare n'est pas très compliquée à obtenir selon lui. Il suffit de remplir quelques documents et attester que ses parents et grands-parents sont eux-mêmes Bulgares. Mais cela signifie renier ses origines, et c’est hors de question! Son père a servi dans la police pendant 30 ans, a combattu lors des différentes guerres qui ont déchiré la Macédoine, notamment en 2000-2001 lorsque lui, Todor, avait à peine 12 ans. Todor s'en souvient bien. Alors même si ce bout de papier à signer représente une formalité administrative pour certains, pour lui c'est une question d'honneur et surtout de respect. Le respect des parents, voilà qui est au-dessus de tout. Il mourrait si sa mère un jour venait à être honteuse de lui.

Green Saucony Jazz Femme Chaussures Original de Cross Todor écrase sa cigarette et s’en rallume une deuxième dans la foulée. Je le sens très affecté par le sujet et je comprends vite pourquoi. Il me confie que la plus grande épreuve de sa vie eut lieu à la fin de sa première et unique année d’études, non pas lorsqu’il lui fallut passer ses examens, mais lorsqu’il dut annoncer à ses parents qu’il avait échoué. Il ne se cherche pas d’excuses, avouant lui-même ne pas avoir assez travaillé. De façon générale, les Macédoniens ne sont pas des fous du travail, "pas comme les chinois par exemple" ironise-t-il avec un sourire en coin qui laisse échapper un filet de fumée blanche. Il est vrai que j’ai moi-même pu apprécier plus tôt dans la journée le stakhanovisme relatif de certains ouvriers lorsque à la distillerie de Stobi l’un d’eux insista pour me montrer les locaux. La visite dura une vingtaine de minutes. La dégustation plus de deux heures, sur son temps de travail. Mais pour lui, étant au travail, il travaillait. Logique implacable.

Cependant Todor a une conscience professionnelle et se refuse de jouer avec le système, même s’il préférerait prétendre être malade ce soir pour échapper à son tour de nuit et m'emmener dans les bars jusqu’au petit matin (toutes les usines ici tournent 24h sur 24, divisés en trois tours d’ouvriers qui se relaient). Tant pis, je n’aurais pas le plaisir de conclure cette rencontre par une nuit de folie. Pour lui l'usine, pour moi le monastère.

 

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Notre voyage repose sur une idée simple : explorer le monde de manière aventurière, authentique et sincère, sans recourir aux infrastructures touristiques, sans hôtel ni transport public, et vivre pleinement une expérience nomade faite d’incertitude et de simplicité. Emportant seulement un sac à dos et un budget minimaliste, nous privilégions l’aventure, le défi, l’imprévu et l’inconnu, mais surtout la rencontre et le partage avec les populations locales. Ainsi laissons-nous avec plaisir locaux, anonymes, étrangers et inconnus Chaussures Jazz Original Cross Green de Femme Saucony devenir notre voyage. Be My Trip.

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